Interview: « Les affaires courantes n’y mettront pas fin »

26 Sep 2013

Août 2013, Gao, Mali: Un éleveur à Gao, dans le nord-est du Mali. Le Coordonnateur humanitaire des Nations Unies pour le Sahel, Robert Piper, a aujourd'hui exhorté les gouvernements et les organisations internationales à trouver une «nouvelle approche» pour aider les populations de la région. Crédit: IRIN / Malin Palm
Le plus haut Responsable Humanitaire dans le Sahel déclare que les gouvernements, les donateurs et les organisations humanitaires ont besoin de changer leur manière de soutenir les personnes les plus vulnérables du monde. [Français - Anglais]

Ce matin (Jeudi 26 Septembre), de hauts représentants de plus de 60 pays et d’organisations internationales se réuniront en marge de l’Assemblée Générale des Nations Unies pour une réunion de haut niveau sur l’avenir politique, sécuritaire et humanitaire du Sahel – l’une des régions les plus vulnérables du monde. La réunion sera présidée par le Secrétaire Général des Nations Unies, Ban Ki-Moon.

S’exprimant en prélude de cet évènement, le Coordonnateur Humanitaire des Nations Unies pour le Sahel, Robert Piper, a dit que cette réunion offre une opportunité aux gouvernements, aux Nations Unies et aux communautés humanitaires et de développement d’adopter une nouvelle approche pour faire face aux vulnérabilités de la région.

« Les affaires courantes n’y mettront pas fin. Nous allons avoir un très grand nombre de personnes [affectées] chaque année si nous ne changeons pas notre approche » a-t-il dit.

Question : Merci de nous avoir accordé de votre temps. Quelle est la situation dans le Sahel aujourd’hui ?

Réponse : Eh bien, la situation actuelle est bien meilleure que celle de l’année dernière. L’année dernière, nous avons eu une sécheresse et nous avons certainement eu une crise d’une ampleur assez impressionnante. Cette année la situation demeure assez sérieuse, les personnes essayent toujours de se remettre des évènements de l’année dernière et elles ont également été touchées par des catastrophes d’origine humaine : Le conflit au nord Mali et ainsi de suite.

Aujourd’hui, nous avons plus de 11 millions de personnes qui souffrent d’insécurité alimentaire dans la région. Près de 5 millions d’enfants souffrent de malnutrition aigüe et nous avons un certain nombre d’épidémies et divers défis liés à la santé. Donc, c’est une région qui se remet d’une période très difficile, mais qui est encore très facile et qui a besoin d’une assistance extraordinaire de la communauté internationale.

Q : De quel genre d’assistance humanitaire les populations ont-elles besoin ?

R : Je pense que nous avons besoin de réaliser tout d’abord que nous avons parmi ces populations des personnes les plus vulnérables de la planète. Donc, « les affaires courantes » n’y mettrons pas fin. Nous allons avoir un très grand nombre de personnes affectées chaque année si nous ne changeons pas notre approche.

Un des problèmes que nous avons aujourd’hui –comme nous l’avons connu presque chaque année pour les efforts humanitaires-  est que les gouvernements ont tendance à vouloir financer l’alimentation et la nutrition, ce qui permet dans l’immédiat de sauver des vies. Ils sont plus réticents à financer, par exemple, des activités liées à l’agriculture ou à l’eau  et l’assainissement car cela a un résultat différé.

Donc, le problème est le suivant : si nous voulons réduire le nombre de personnes en insécurité alimentaire pour l’année prochaine, alors nous devons leur fournir une assistance agricole dès cette saison. Et si nous voulons réduire le nombre d’enfants malnutris à traiter l’année prochaine, alors les services en eau et assainissement ont tout à y voir. Donc, nous avons besoin d’une réponse plus équilibrée.

Q : Quel sera l’objet de la réunion de haut niveau pour le Sahel ?

R : La réunion a pour but de rassembler la communauté internationale d’une manière coordonnée. L’objectif du Secrétaire-Général est de créer une réponse internationale plus forte pour s’assurer que tout le monde s’accorde sur la nouvelle stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel qui a été approuvé par le Conseil de Sécurité il y a quelques mois.

La stratégie regroupe essentiellement trois piliers du travail de la communauté humanitaire dans le Sahel : assister et renforcer les Etats de la région ; la sécurité et les frontières ; et la résilience –essayer de briser le cycle de crises qui créent de plus en plus de personnes vulnérables dans la région.

Q : Quelles sont vos attentes pour cette réunion. Que voulez-vous voir ?

R : Mes attentes sont quand même élevées. C’est une région très fragile. Nous ne pouvons-nous permettre de la laisser flancher une autre année. Dans toute la région nous voyons une certaine fragilité. Nous voyons une fragilité causée par la nature et le changement climatique. Nous voyons une fragilité qui vient avec la pauvreté la plus intense de la planète. Et nous voyons une fragilité du fait des crises d’origine humaine –des conflits entre les personnes sur les ressources, les conflits dirigés par les Djihadistes au nord du Mali et les réfugiés poussés à quitter le Soudan et la République Centrafricaine pour aller au Tchad. Il y a une fragilité partout où vous regardez.

Pour répondre efficacement à ce genre de scénario, nous avons besoin de gouvernements qui travaillent ensemble de manière plus effective, et nous avons besoin d’une communauté internationale, à son tour, qui est derrière cette communauté régionale d’acteurs et qui est dédiée à faire face aux problèmes qui touchent la région.

Mon attente est qu’à l’issue de la journée nous sommes sûrs que nous nous concentrons sur les personnes les plus vulnérables de cette région. Si nous ne les avons pas au centre de notre politique qui justifie les efforts et notre financement, nous n’allons pas construire le genre de résilience que nous devons voir dans cette partie du monde.

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