Niger : Une convergence de crises

30 Jan 2014

Janvier 2014, Diffa, Niger: Abubakar Ary porte un container de 40 litres d'eau à sa tente dans le village d'Adjiri dans le sud-est du Niger. Elle vit là avec sa famille depuis que sa maison à été détruite dans les innondations sans précédent qui ont touché le Niger en novembre 2013. Les communautés de cette région ont été confrontées à de nombreux défis, notamment une insécurité alimentaire chronique et un afflux massif de réfugiés du Nigeria voisin. Crédit: OCHA
Au sud-est du Niger, des communautés sont éprouvées par les inondations, les crises alimentaires et les conséquences du conflit au Nigeria voisin. [Français - Anglais]

Le vent poussiéreux et sec de l’harmatan s’estompait à mesure que le soleil approchait le  zénith sur la localité d’Adjiri. Installée dans les faubourgs de la ville de Diffa, la petite communauté est composée de 191 familles. Elles y ont été relocalisées à la suite des inondations consécutives à la crue de la Komadougou. Les eaux étaient montées à presque 5 m en novembre –un niveau jamais égalé ces 40 dernières années.

Au total, plus de 15 000 personnes ont été déplacées. A Adjiri, les déplacés vivent sous des tentes en blanc fournies par l’Organisation internationale de la migration (OIM) grâce au financement  des fonds CERF  (Fonds central des secours d’urgence).

L’eau potable y est une denrée rare. Abubakar Ary est visiblement épuisée sous le poids des 40 litres d’eau qu’elle ramène à sa tente. « Nous devons marcher sur 2 km chaque jour, matin et soir, pour chercher de l’eau à un forage. Il n’y a ni puits ni source d’eau dans l’environnement immédiat ».

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) tente de remédier à la situation avec la construction de cinq forages dans les environs, dont deux à Adjiri.

Les réserves de nourritures sont épuisées

Aujourd’hui Abubakar Ary, n’a pas allumé de feux à la cuisine parce qu’il n’y a pas de vivres. « Nous n’avions eu rien à manger depuis 10 jours », explique son mari, Mohamed Dala. «Avant les inondations de 2012, il m’arrivait parfois de produire 50 sacs de poivrons, de mil et de maïs ».

Le CICR et la Croix-Rouge nigérienne ont distribué des vivres aux familles d’Adjiri, et prévoient d’offrir des pompes d’irrigation aux paysans.

Pour l’instant, les vivres sont épuisés, et Mohamed est contraint de travailler dans une rizière où il est payé moins de 5 dollars par jour – à peine de quoi nourrir les seize personnes dont il a la charge. Ses trois femmes décortiquent le riz, une tâche ingrate à revenu négligeable.

« Il devient de plus en plus difficile de trouver du travail », affirme Mohamed. « Il y a tellement de personnes qui en cherche que le travail est devenu rare. »

Une communauté éprouvée par de nombreuses crises

L’ampleur des inondations de 2013 était si grande que ses conséquences auraient été encore plus désastreuses si la communauté humanitaire n’y avait pas répondu rapidement.

« La communauté internationale a été rapide à réagir et à assister le gouvernement », affirme Ousmane Koussouri, le Maire de Diffa. Il explique être heureux que cette assistance a aidé les populations à vivre avec un minimum de dignité.

La réponse humanitaire n’a cependant pas réglé toutes les difficultés des populations – loin de là. Les habitants de la Région de Diffa sont confrontés à de nombreuses crises. Avant les inondations nombre d’entre eux vivaient déjà en insécurité alimentaire chronique en raison de mauvaises récoltes récurrentes.

Les inondations de novembre 2013 avaient été précédées par celles d’août et de décembre 2012 qui ont occasionné des pertes économiques estimées à près de 20 millions de dollars ; il y avait également eu les inondations d’août 2013.

La région abrite également environ 37 000 personnes ayant fui les affrontements au nord du Nigeria, un afflux massif qui compromet encore davantage les maigres ressources des communautés locales. L’accumulation de ces facteurs contraint souvent les populations à prendre des mesures drastiques de survie qui, à la fin, se révèlent préjudiciables.

«Pour survivre, les femmes sont (souvent) forcées de vendre leurs moutons et chèvres à vils prix », explique Moustapha Malam Kourou, infirmier de la case de santé d’Adjiri.

Promouvoir le relèvement précoce

«Nous ne voulons pas retourner d’où nous venons », indique Mohamed, assis à l’extérieur de la tente familiale à Adjiri. « Nous voulons refaire notre vie ici. »
Mohamed, comme plusieurs de ceux qui sont installés à Adjiri, veut rendre leur relocalisation permanente. Les terres à Adjiri ne sont pas inondables. Elles semblent fertiles. Il attend donc (la distribution) des semences et des outils agricoles et d’irrigation pour commencer à mettre la terre en valeur.

Depuis le début des inondations, plus de 630 000 dollars américains ont été mobilisés par le gouvernement et la communauté humanitaire internationale pour aider des gens comme Abubakar, Mohamed et leurs familles. Selon le plan de réponse provisoire du gouvernement, il faudrait encore 1,3 millions de dollars pour répondre aux besoins des communautés à Diffa.

Pour Dieudonné Bamouni, le chef du bureau OCHA au Niger, ces fonds aideront le gouvernement et les organisations d’aide à fournir des vivres, des abris d’urgence, du matériel de secours, de l’eau potable et des médicaments aux populations.

« Ces fonds serviront à couvrir les besoins de base d’environ 20 000 personnes qui sont dépourvues de presque tout et qui vivent dans des conditions humanitaires précaires. » a-t-il ajouté.

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