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RCA: En dépit de la faim, les communautés continuent de partager le peu en leur possession

24 Jan 2018
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Larissa Néoumangue, veuve déplacée et mère d’un enfant, s'est réfugiée avec son bébé dans une église de Paoua, suite à une attaque contre son village. Crédit: UNOCHA/ Yaye Nabo Sène

En arrivant à l'église protestante de Yaramandji, nous sommes accueillis par Larissa Néoumangue, 16 ans, mère d'un bébé d’un an. Larissa est l’une des milliers de personnes qui ont fui la violence dans les villages au nord de Paoua et se sont réfugiées dans des sites religieux ou dans des familles d'accueil.

L'histoire de Larissa est terrible, mais bien trop ordinaire à Paoua. « Mon mari a été tué sous mes yeux lorsque notre village a été attaqué le 3 janvier. J'ai fui avec mon bébé. Ce que vous voyez sur moi, c’est tout ce que je possède. J'ai tout abandonné pour sauver nos vies. Je suis venue dans ce site parce que je n'ai nulle part ailleurs où aller ».

Le conflit s’est aggravé en RCA au cours des derniers mois. Dans la région de Paoua, la violence a été provoquée par les affrontements entre groupes armés pour le contrôle des couloirs de transhumance et des régions minières. Mais comme toujours, ce sont les civils qui paient le prix le plus lourd. Depuis que les affrontements ont éclaté en décembre 2017, 65 000 personnes ont fui leurs maisons et leurs champs pour chercher refuge à Paoua, tandis que d'autres se sont cachés dans la brousse. 22 000 autres ont fui vers le Tchad voisin.

Pour répondre à l'augmentation des besoins humanitaires, le Plan de réponse humanitaire pour l’année 2018 d’un montant de 515,6 millions de dollars prévoit d’apporter une assistance à 1,9 million de personnes.

Villages et exploitations agricoles abandonnés dans une région considérée comme un grenier


Thomas Marabian est l'une des rares personnes restée dans son village situé à proximité de Paoua. Crédit: UNOCHA/ Yaye Nabo Sène

Les villages sont presque vides. Seules les personnes âgées ou handicapées, qui ne pouvaient pas s'échapper, sont restées. Cette zone était autrefois le grenier de la RCA. Les champs, prêts à être récoltés, ont été laissés sans surveillance. Cette situation est bouleversante pour les agriculteurs, qui ont travaillé pendant des mois pour préparer cette récolte.

« J'ai laissé du sésame, du manioc et tout ce dont j'ai besoin pour vivre sans aucune sorte de surveillance, raconte amèrement Bellon Begoto, un agriculteur déplacé. J'ai besoin de sécurité pour retourner chez moi. Je n'ai rien à faire ici. Je veux retourner à Begatra d'où je viens pour continuer à cultiver ma terre ».

Les fermiers étant privés d’accès à leurs récoltes, la sécurité alimentaire risque de se dégrader dans la région. La pénurie de certaines denrées entraîne déjà une flambée des prix. Au marché, les femmes affirment que les prix des produits de base, tel que le manioc, ont déjà doublé ou triplé. Zahra, une commerçante, craint que le pire ne se produise. « Nos réserves se termineront dans une semaine. Nous ne savons pas comment nous allons les renflouer. »

Les enfants tombent malades


12 Janvier 2018, Paoua, RCA. Les enfants et les femmes enceintes ont été particulièrement touchés par les déplacements. Ils sont nombreux à souffrir de paludisme, de diarrhée, de maladies de la peau et d’infections respiratoires aiguës. Les acteurs humanitaires fournissent gratuitement des soins de santé et des médicaments aux personnes déplacées ainsi qu’à la communauté hôte. Ils ont également installé des cliniques mobiles dans les quartiers où les concentrations de personnes déplacées sont les plus élevées. Crédit: UNOCHA/ Yaye Nabo Sène

Beaucoup d'enfants et de bébés déplacés avec leurs parents sont maintenant malades du paludisme, de la diarrhée ou de maladies respiratoires, et nombre d’entre eux sont affamés. Marie-Claire Denaidi-Gabita, déplacée et mère de 10 enfants, a marché pendant cinq jours pour franchir les 57 km qui séparent le village de Bemal de Paoua. «J’ai attrapé quelques feuilles d'hibiscus pour tromper la faim de mes enfants » assure-t-elle.

Gisèle Maraba, une jeune mère, ne peut cacher son anxiété. Elle a parcouru 22 km à pied en une journée avec son bébé de 9 mois, qui souffre d’une grave crise de paludisme. « J'espère qu'elle va survivre » dit-elle.

Les familles d'accueil ont du mal à faire face à l’afflux massif des déplacés. Gisèle Aladjikimi vit dans une seule pièce qui abrite aujourd'hui 24 membres de sa famille élargie, en provenance de Begatra, à 19 km à l'est de Paoua. « Nous avons partagé ce que nous avions, et maintenant nous avons besoin de nourriture, de savon et de médicaments ... de tout ce qui pourrait nous être utile ».

Beaucoup de personnes déplacées errent autour des points d’eau ne pouvant pas puiser de l'eau car elles n’ont pas de récipients pour la transporter.

L’aide humanitaire en hausse

Avec les nouveaux arrivants, les organisations humanitaires renforcent la réponse. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a démarré la distribution d'aide alimentaire et prévoit de l’étendre aux familles hôtes. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a réparé 26 forages et distribue des kits d'hygiène pour permettre aux déplacés de purifier l'eau une fois qu'elles y ont accès. Médecins Sans Frontières (MSF), Mentor Initiative et l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) fournissent des soins de santé gratuits, y compris des traitements contre le paludisme aux communautés déplacées et hôtes.