Mali: l’économie au point mort à Tombouctou

25 Jun 2013

Juin 2013, Tombouctou, Mali: À Tombouctou, l'exode massif de personnes fuyant le conflit a dévasté l'économie locale et mis à l'arrêt la production agricole. Crédit: OCHA/Ulrike Dassler
Au nord du Mali, la faible cadence de retour des personnes qui avaient fui les hostilités affecte fortement l’économie et l’agriculture de la région

Le conflit au nord du Mali a entraîné des déplacements massifs qui ont dévasté l’économie de la région et mis à l’arrêt la production agricole. Des dizaines de milliers d’agriculteurs et de commerçants de Tombouctou  et de la région luttent pour essayer de gagner leur vie.

Près de 530 000 personnes ont dû quitter leurs maisons depuis que les violences ont commencé en mars 2012. Plus de 353 000 ont fui vers le centre et le sud du pays et environ 175 000 se sont réfugiés dans les pays voisins.

Tombouctou fait partie des villes qui ont subi un exode massif. La ville historique, qui comptait environ 45 000 habitants avant la crise, a vu plus d’un quart de sa population fuir les hostilités. Même si la situation sécuritaire s’améliore peu à peu, les tensions demeurent entre les communautés et seule une petite partie des 10 000 personnes qui ont fui la ville est revenue.

Mohammed, marchand de ciment, s’inquiète de la situation. « Le commerce des produits de base tels que farine, huile et sucre est à plat. Tous les secteurs commerciaux sont touchés et par conséquent de nombreux jeunes ont quitté la ville ».

Les agriculteurs sont également touchés indirectement par le ralentissement des activités économiques. Au nord du Mali, où il ne pleut que trois mois par an, les agriculteurs ne peuvent pas vivre exclusivement de leurs champs et sont obligés de mener des activités génératrices de revenus parallèles. Ils sont alors maçons, menuisiers ou cordonnier. Mais avec autant de personnes maintenant parties de la ville, la demande pour leur services est quasiment inexistante, et, sans revenus, ils sont contraints de puiser dans leurs réserves déjà limitées.

Lentement, mais progressivement, le retour s’organise. Suite à l’appui d’OCHA et de ses partenaires, la mairie de Tombouctou, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) et les chefs des quartiers ont constitué un comité de recensement pour les retournés. A la mi-juin, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) avait déjà enregistré 3 400 personnes.

Prochaines récoltes menacées

La situation est également préoccupante dans les villages environnants où près de 50 pour cent des jeunes sont partis. Yehia Traoré, le directeur de la coopérative agricole de Tombouctou est extrêmement inquiet.

« Qui travaillera dans les champs quand la saison commencera ?  Nous n'avons pas assez de mains d’œuvre. Pour compenser, nous avons besoin de machines, des tracteurs et des charrues motorisées».

Avant le conflit, les paysans produisaient leurs propres semences, maintenant ils dépendent de l’aide internationale.

«La crise nous a conduit au bord du gouffre. Si nous ne recevons pas d’assistance maintenant, nous ne pourrons pas planter les cultures pour la saison prochaine," s’indigne Yehia Traoré face à l’urgence de la situation.

L’Organisation mondiale pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) et ses partenaires travaillent avec des groupes comme celui de Yehia Traoré pour développer et mettre en place des programmes afin que l’agriculture puisse redémarrer rapidement.

Même si ce n’est qu’une partie de la solution, Yehia Traoré insiste qu’au-delà des semences, il est extrêmement important que les communautés qui se retrouvent fragmentées par le conflit se fassent confiance à nouveau afin que les habitants de Tombouctou puisse vivre en harmonie, dans une paix durable.

Une crise globale

La situation à Tombouctou et dans sa région illustre la crise globale que traverse le Mali. A travers le pays, environ 3,5 millions de personnes sont touchées par l'insécurité alimentaire dont 1,4 million ont besoin d'une aide alimentaire immédiate. Quelques 660 000 enfants de moins de cinq ans sont à risque de malnutrition aiguë. Le Mali a le troisième taux de mortalité infantile le plus élevé au monde (176 /1000 naissances vivantes).

Le Coordonnateur de l’action humanitaire régional pour le Sahel, M. Robert Piper, qui vient d’achever une visite de deux jours au Mali s’est dit rester très préoccupé par la situation humanitaire et a souligné ses inquiétudes au regard du faible niveau de financement malgré les besoins humanitaires critiques et croissant.

« Les indicateurs sont alarmants pour l’ensemble du pays et les populations du nord sont les plus vulnérables”, a-t-il souligné.

A la date d’aujourd’hui, l’appel humanitaire (CAP) pour le Mali n’a reçu que 33 pour cent des 410 millions de dollars dont ont besoin les agences humanitaires pour soutenir les communautés. « Nous devons trouver plus de financement avant que la situation ne se détériore davantage » a insisté M. Piper.

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