République centrafricaine: La menace d’une crise alimentaire plane sur la RCA

9 May 2013

Bangui, RCA, Avril 2013: Environ 3000 personnes ont reçu des rations alimentaires durant cette distribution du PAM dans l’hôpital communautaire de Bangui. Les agences humanitaires ont averti que la crise politique en République centrafricaine pourrait créer une insécurité alimentaire généralisée. Credit: WFP/Herve Serefio
La crise politique risque de conduire à l'insécurité alimentaire dans le pays.

L’assistance alimentaire devient une priorité humanitaire urgente en République centrafricaine (RCA). Les évaluations menées en début d’année montrent que beaucoup de personnes ne peuvent pas se permettre d’acheter le peu de nourriture présent dans les marchés et les agriculteurs ont commencé à manger les semences destinées à être plantées cette saison.

Les agences humanitaires sonnent l’alarme quant aux besoins critiques en nourriture à la fois dans les régions rurales et urbaines au moment où le pays entre dans la traditionnelle saison de soudure qui s’étend d’avril à août/septembre. Les réserves alimentaires sont déjà très basses avec beaucoup de personnes qui se retrouvent forcées d’emprunter ou d’échanger du travail contre de la nourriture. D’autres se sont tournées vers la pêche et la chasse.

Les femmes et les enfants sont particulièrement vulnérables. Irène, 35 ans et mère de deux enfants, vit à Bangui.

“Je ne me souviens pas de la dernière fois où me enfants et moi avons eu un repas équilibré. Si vous allez sur les marchés, vous verrez qu’il n’y a presque rien à acheter, » dit-elle. «Souvent, je mets une casserole vide sur le feu une demi-heure avant que les enfants n’aillent au lit pour leur donner l’impression qu’ils auront quelque chose à manger pour le dîner. »

Le mari d’Irène est parti fin mars quand les rebelles de la Séléka ont pris le contrôle de Bangui. Etantassocié à l’ancien regime, il craignait des représailles .

« Nous avons un petit jardin derrière la maison qui nous permet d’avoir des légumes mais nous dépendons de la générosité d’autres femmes pour recevoir du manioc. Quand nous mangeons, nos repas consistent de ngoudja (feuilles de manioc) cuites dans de l’eau salée et des boulettes de manioc, » explique-t-elle. « Je vois que mes enfants perdent du poids mais il n’y a rien que je puisse faire contre ça. » Son seul revenu, provenant de la vente des légumes du jardin,  tourne autour de 100 francs centrafricains par jour, l’équivalent d’un quart de dollars américains.

La crise en RCA, qui a débuté en décembre 2012 quand les rebelles ont lancé une offensive contre le gouvernement, touche la totalité des 4,6 millions d’habitants que compte le pays.  Plus de 173 000 ont été déplacés à l’intérieur du pays. 49 000 ont fui dans les pays voisins.

Même avant le début de la crise, le Programme alimentaire mondiale (PAM) estimait que 80 000 personnes risquaient d’être exposées à une grave insécurité alimentaire. Ce chiffreest maintenant condamné à augmenter. Le PAM projette aussi que 13 500 enfants de moins de cinq ans souffriront de malnutrition sévère.  

« Plus de deux millions de personnes ont besoin d’une aide critique en matière de santé, de nutrition, and d’assistance alimentaire, » souligne Kaarina Immonen, la Coordinatrice de l’action humanitaire en RCA. « Mais sans accès et avec l’insécurité régnante, nos programmes ne pourront pas atteindre les populations dans le besoin. » En avril, le PAM identifiait 42 000 personnes qui avaient besoin d’assistance alimentaire à Bangui, dans la ville du nord de Kabo et dans la ville du centre de Bambari. Les distributions de nourriture ont commencé le 25 avril dans l’hôpital communautaire de Bangui, et, en une semaine, environ 3000 personnes, pour la plupart des femmes, ont reçu des rations alimentaires. Le PAM se concentre maintenant sur 7500 personnes vulnérables, comprenant des personnes vivant avec le VIH, des enfants malnutris, et des femmes enceintes et allaitantes.

Le PAM planifie de venir en aide à 400 000 personnes en situation d’insécurité alimentaire sévère à travers le pays d’ici la fin de l’année. Cependant, l’insécurité continue d’entraver l’accès et de compliquer les efforts engagés pour délivrer une assistance aux centrafricains qui en ont désespérément besoin.

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