Tchad: la malnutrition persiste malgré les bonnes récoltes

19 Dec 2012

Saïdi Kizeme (à gauche) est la mère de Djiddé Zakaria et la grand-mère de Ahmat (10 mois) qui a été admis dans le centre nutritionnel thérapeutique de Biltine quand il est tombé gravement malade. Photo: OCHA/Pierre Péron
Beaucoup a été fait pour mettre un terme à la crise alimentaire qui a frappé le Tchad en 2012, mais les agences préviennent que des dizaines de milliers d'enfants demeurent à risque. [Français - Anglais]

Le Tchad a enregistré beaucoup de pluie dans la seconde moitié de 2012 et les récoltes ont fait le double de la quantité moyenne, suscitant des espoirs pour des lendemains meilleurs. Mais selon les prévisions de l'UNICEF, à peu près le même nombre d'enfants souffriront de malnutrition aiguë sévère en 2013 qu’en 2012.

Les raisons en sont complexes. Les ménages ont accumulé des dettes importantes au cours de la période de soudure en 2012, ce qui signifie que les familles pauvres devront vendre la grande partie de leur production immédiatement après sa récolte.

Selon Jane Lewis de la branche humanitaire de la Commission européenne (ECHO), cela signifie que les gens continueront de peiner pour acheter les denrées alimentaires à des prix élevés.

« Pour les ménages pauvres, la sécurité alimentaire ne dépend pas essentiellement de la production alimentaire, mais des prix sur le marché», a déclaré Mme Lewis. « Au-delà des dettes et des déficits structurels de production alimentaire, on peut s'attendre à ce qu'une grande partie de la population ait besoin de l'aide d'urgence au cours de la période de soudure en 2013. »

Le Coordonnateur Humanitaire Régional, David Gressly, a déclaré qu'il y avait encore beaucoup de travail à faire pour aider les communautés à se reconstruire après la crise de 2012.

«Cela signifie repeupler leur bétail et s'assurer que ces communautés ont les bonnes semences pour rétablir leurs moyens de subsistance», a noté M. Gressly. «Les filets de protection sociale constitueront un aspect important pour assurer un meilleur accès à la nourriture pour tous. C'est le moment de s'attaquer aux problèmes structurels chroniques que nous voyons à travers le Sahel. »

Les experts préviennent que même si les gens ont un meilleur accès à la nourriture, des taux élevés de malnutrition persisteront si d'autres secteurs clés ne sont pas aussi abordés. Moins de la moitié des personnes au Tchad ont accès à l'eau potable et seulement 3% des femmes pratiquent l'allaitement maternel exclusif. Cela signifie que la plupart des bébés tchadiens boivent régulièrement de l'eau sale, causant des diarrhées récurrentes, qui à leur tour conduisent à la malnutrition. L'offre de soins de santé est insuffisante pour aider les enfants lorsqu’ils sont malades.

Alors que le secteur de la sécurité alimentaire de l'Appel global pour le Tchad en 2012 a été bien financé à 97% et la nutrition à 87%, l'eau et l'assainissement a été seulement financé à 36% et la santé à 24%. Tant que ces chiffres ne sont pas plus équilibrés, les agences humanitaires préviennent que les communautés au Tchad continueront d'être vulnérables aux sécheresses récurrentes et la malnutrition chronique va continuer.

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