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Niger: Small farmers are paying the price for the lingering insecurity in Diffa [EN - FR]

03 Oct 2017
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Moustapha has turned to cultivating sweet pepper, but security restrictions in certain areas continue to affect the production.

This year, many farming families in the Diffa region could not sow their crops because of the precarious security situation along the Komadougou River, which separates south-east Niger from north-east Nigeria.

There is still extreme fear in the Diffa region due to the ongoing violence in the Lake Chad Basin. Since Boko Haram’s first attacks in February 2015, more than 500 people have been killed, injured or abducted. Nearly 250,000 people have been forced to flee their homes to escape violence and are currently living in displacement sites across the region. The state of emergency, declared in Diffa for the first time in February 2015, is still in force.

Moustapha Dawale’s memories of when he could profit from his rice production seems to be fading, as insecurity related to Boko Haram attacks in the region has drastically reduced his income.

“Before the crisis, I was a wealthy man because I could produce an average of 300 bags of rice a year. But for the last three years, I have been forced to stop this activity because the security measures and the ongoing insecurity prevent us from working in our fields," he said.

For two years, Moustapha has turned to cultivating sweet pepper. But again, security restrictions in certain areas are affecting the production. "With the safety restrictions, I have only 5 litres of oil per day, as authorized by the administrative authorities. But for the proper functioning of my motor pump, I need 12 litres per day that I simply cannot get," he said, adding that urea used as fertilizer is prohibited.

Between security imperatives and need for survival

The Regional Director of Agriculture, Boukar Kazelma, emphasizes that these measures are linked to the prevailing insecurity. "People here, especially agricultural producers, seem to forget that we are in a region that is in a state of emergency,” he explained. “They have the illusion that the relative calm is synonymous with the normalization of the situation. If the authorities remove these measures, these people will not be able to leave their homes."

According to Mr. Kazelma, the security restrictions allowed a gradual resumption of activities. By 2015, the cultivation area of ​​peppers had declined by about 75 per cent, but in Bosso department, it increased from 200 to 800 hectares from 2015 to 2016.

"The real reason behind these prohibition measures is to guarantee the safety and protection of civilians by minimizing the use of fuel and fertilizer by Boko Haram to the detriment of the populations," said the Governor of the Diffa region, Mr. Dan Dano Mahamadou Lawaly.

What future for small producers?

Pepper farming was once one of the main agricultural activities inthe Diffa region. Now, its contribution to the regional economy suffered a five-fold decrease.

Moustapha’s lost expression is testimony to his anxiety about the future. At only 43 years old, with the responsibility of his two wives, ten children and three parents, he also took charge of a dozen Nigerian refugees who had fled the violence of Boko Haram. Despite his generosity, he is exhausted and running out of resources.

"If this crisis does not end soon, we risk falling into one of the worst situations the region has never known. Our resilience has sharply diminished, we have shared the meager food reserves we have with the internally displaced people and refugees," he said.

According to evaluations conducted by the Ministry of Agriculture and its partners, more than one village in ten in the Diffa region—mainly in the Bosso and Nguigmi departments—remained unseeded due to the displacement of their population because of insecurity.

"To get out of this crisis, we must create the conditions for a voluntary and secure return of the displaced in their villages of origin so that they can resume their activities," said Moustapha.

Dieudonné Bamouni, Head of OCHA Niger's Office, said: “A solution is to help farming families find alternative income-generating activities while supporting them in rebuilding their livelihoods."
 


Niger : À Diffa, les petits producteurs agricoles payent le prix de l’insécurité


Moustapha s’est rabattu sur la culture du poivron, mais les restrictions sécuritaires sur l’accès à certains produits affectent sa production.

Cette année encore beaucoup de familles de producteurs de la région de Diffa n’ont pas pu semer à cause de la situation sécuritaire précaire le long de la Rivière Komadougou séparant le sud-est du Niger au nord-est du Nigéria.

La terreur plane toujours dans la région de Diffa en raison de la violence liées à la crise dans le bassin du lac Tchad. Depuis les premières attaques de Boko Haram dans la région en février 2015, plus de 500 personnes y ont été tuées, blessées ou enlevées. Près de 250 000 personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers pour échapper aux violences et vivent actuellement en situation de déplacement dans la région. L’état d’urgence, instaurée à Diffa pour la première fois en février 2015, y est toujours en vigueur.

Le souvenir de l’époque où Moustapha Dawalé pouvait tirer profit de sa production de riz semble s’éloigner, tant la crise sécuritaire liée aux attaques de Boko Haram dans la région l’a appauvri.

« Avant la crise, j’étais un homme fortuné, car je pouvais produire en moyenne 300 sacs de riz par an, mais depuis trois ans, j’ai été obligé d’arrêter cette activité parce que les forces de l’ordre et de sécurité nous empêchent l’accès à nos champs », indique-t-il.

Depuis deux ans maintenant, Moustapha s’est rabattu sur la culture du poivron. Mais là aussi, les restrictions sécuritaires sur l’accès à certains produits affectent sa production. « Avec les restrictions sécuritaires, je n’ai droit qu’à 5 litres d’essence par jour tel qu’autorisé par les autorités administratives. Or pour le bon fonctionnement de ma motopompe, j’ai besoin de 12 litres par jour que je ne peux pas me procurer », déplore-t-il, avant d’ajouter que l’urée utilisée comme engrais est quant à elle formellement interdite.

Entre impératifs sécuritaires et besoin de survie

Le Directeur régional de l’Agriculture, Boukar Kazelma, souligne que ces mesures sont liées au contexte sécuritaire qui prévaut. « Ici, les populations, en particulier les producteurs agricoles, semblent oublier que nous sommes dans une région en état d’urgence. Ils ont l’illusion que ce calme relatif actuel est synonyme de normalisation de la situation », martèle-t-il. « Si les autorités lèvent ces mesures, ils ne pourraient plus sortir de chez eux », ajoute-t-il.

Selon M. Kazelma, les restrictions sécuritaires mises en place ont plutôt permis une reprise graduelle des activités ; alors qu’en 2015 les superficies de culture du poivron avaient diminué d’environ 75 pour cent, elles sont aujourd’hui en extension, passant par exemple de 200 à 800 hectares de 2015 à 2016 au niveau du département de Bosso.

« Le vrai motif derrière ces mesures d’interdiction est de garantir la sécurité et la protection des civils en minimisant l’utilisation du carburant et de l’engrais par Boko Haram au détriment des populations », soutient pour sa part le gouverneur de la région de Diffa, M. Dan Dano Mahamadou Lawaly.

Quel avenir pour les petits producteurs ?

Jadis considéré comme la principale production de la région du Diffa, la contribution de la culture du poivron à l’économie régionale a été divisée par cinq.

Le regard perdu de Moustapha en dit long sur son angoisse quant à l’avenir. A 43 ans seulement, avec la responsabilité de ses deux femmes, dix enfants et trois parents, il a aussi pris à sa charge une dizaine de réfugiés nigérians ayant fui les violences de Boko Haram. Malgré sa générosité, il est épuisé et arrive au bout de ses ressources. « Si cette crise ne finit pas de sitôt, nous risquons de tomber dans une des pires situations que la région ait jamais connues ; nos capacités de résilience se sont fortement amenuisées, nous avons partagé les maigres réserves alimentaires en notre possession avec les populations déplacées internes et les réfugiés » souligne-t-il.

Selon les évaluations du Ministère de l’Agriculture et leurs partenaires, plus d’un village sur dix dans la région de Diffa - essentiellement dans les départements de Bosso et de NGuigmi - sont restés sans semis du fait du déplacement de leur population loin des zones de cultures à cause de l’insécurité.

« Pour sortir de cette crise, il faut créer les conditions d’un retour volontaire et sécurisé des déplacés dans leurs villages d’origine afin qu’ils puissent reprendre leurs activités », dit Moustapha.

Selon Dieudonné Bamouni, Chef de Bureau d’OCHA Niger, une piste de solution est « d’aider les familles qui vivaient de l’agriculture à trouver des activités génératrices de revenus alternatives tout en les soutenant dans la planification de la reconstruction de leurs moyens de subsistance au moment venu ».