Côte d’Ivoire: défis humanitaires dans un pays en transition

18 September, 2013
Juillet 2013, Korogho, Côte d'Ivoire: Ibrahim, 18 mois, au Centre de nutrition de la Croix rouge à Korogho, dans la région des Savanes au nord de la Côte d'Ivoire. On estime à 40% le nombre d'enfants affectés par la malnutrition chronique, et nombre d'entre eux ont besoin des centres de nutrition comme celui-ci. Credit: OCHA/Jean-Bosco Liade
Juillet 2013, Korogho, Côte d'Ivoire: Ibrahim, 18 mois, au Centre de nutrition de la Croix rouge à Korogho, dans la région des Savanes au nord de la Côte d'Ivoire. On estime à 40% le nombre d'enfants affectés par la malnutrition chronique, et nombre d'entre eux ont besoin des centres de nutrition comme celui-ci. Credit: OCHA/Jean-Bosco Liade

Située en Afrique de l’Ouest, aux limites sud du Sahel, la région des Savanes, au nord de la Côte d’Ivoire fait partie des zones arides du monde. Comme dans le reste du Sahel, ses habitants font face de longues périodes de sécheresse, à la hausse des prix des denrées alimentaires, à leur diversion vers les marchés étrangers et à l’insécurité alimentaire et la malnutrition qui en résultent.

À Korhogo, Koné Sali consacre depuis des années son temps à aider les mères et les enfants affectés par ces crises récurrentes. Elle dirige un centre thérapeutique nutritionnel de la Croix-Rouge pour les enfants de moins de cinq ans modérément ou sévèrement malnutris de manière chronique.

Faute de financements en 2012, la plupart des organisations humanitaires, dont des agences des Nations Unies et des ONG internationales ont dû mettre fin à leurs activités et se retirer de la région des Savanes. Mme Sali est presque toute seule maintenant. Elle peine à mobiliser les ressources nécessaires à la poursuite des activités du centre de nutrition.

«  (Il n’y a) plus de partenaires financiers, plus de lait thérapeutique; plus de médicaments, plus de soins pours les petits atteints du VIH/SIDA. J’ai besoin d’offrir un traitement complet mais je dois, chaque jour, me débrouiller avec le peu que j’ai », dit-elle.

Massita et son fils

Massita, la quarantaine, est allée il y a trois semaines au centre avec son fils Soro Ibrahima – âgé de 18 mois,. Massita vit dans un quartier de Korhogo. Son mari est sans emploi. Elle survit avec très peu.

« A partir d’un certain moment, Soro tombait malade tout le temps. Il ne voulait plus manger et commençait à dépérir. J’étais très inquiète parce que je n’avais pas les moyens de l’emmener à l’hôpital », explique Massita. «Maintenant, après plusieurs semaines au centre de nutrition, il a recommencé à manger et paraît plus en forme ».

Massita demeure tout de même inquiète. Il doit retourner au centre de nutrition avec Soro tous les jours,  Mais elle n’a ni l’argent, ni la capacité de se nourrir pendant le séjour ou même de subvenir aux besoins de Soro, au-delà du lait thérapeutique qu’offre le Centre.

« J’ai dû emprunter 500 Francs (1 Dollars US) à mon voisin ce matin. Je ne sais pas si je vais encore trouver de l’argent demain » dit-elle. « Je suis épuisée et sans force. Si seulement le Centre pouvait s’occuper aussi des mères, nous aider d’une manière ou autre à trouver de la nourriture. Ce serait alors un peu moins difficile pour nous. »

“Les besoins humanitaires n’ont pas disparu du jour au lendemain”

L’histoire de Massita est courante dans un pays où, selon les chiffres de l’UNICEF et du Ministère de la Santé, environ 40% de jeunes enfants seraient chroniquement malnutris. Certains besoins humanitaires restent importants en Côte d’Ivoire, mais beaucoup d’organisations humanitaires sont pourtant contraintes de réduire leurs activités faute de financements adéquats.

“La Côte d’Ivoire est de fait en transition, mais les besoins humanitaires ne disparaissent pas du jour au lendemain”, rappelle Ute Kollies, le Chef du Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA) en Cote d’Ivoire. « Les agences humanitaires ont besoin d’un soutien continu et ciblé pour combler les besoins résiduels ».

“Cela est essentiel pour assurer une transition réussie vers le relèvement, le développement et la prospérité économique. »

Koné Sali ne peut qu’être d’accord. « Prenez cela comme un cri du cœur à l’attention des institutions qui ont les moyens d’aider. »