Côte d’Ivoire: Enregistrer les naissances, assurer l’éducation

4 November, 2013
2011, Bondoukou, Côte d’Ivoire: Diomande Noel Berole, 10 ans, tient son acte de naissance dans la cour de son école de Bondoukou en Côte d’Ivoire. Près d’un tiers des naissances dans le  pays ne sont pas déclarés dans les délais. Sans acte de naissance, ces enfants pourraient ne pas être scolarisés. Crédit : UNICEF
2011, Bondoukou, Côte d’Ivoire: Diomande Noel Berole, 10 ans, tient son acte de naissance dans la cour de son école de Bondoukou en Côte d’Ivoire. Près d’un tiers des naissances dans le pays ne sont pas déclarés dans les délais. Sans acte de naissance, ces enfants pourraient ne pas être scolarisés. Crédit : UNICEF

Les parents d’Aline Gondo ont été surpris l’an dernier, qu’on ait refusé l’entrée en 6ième à leur fille. A 16 ans, Aline était trop âgée, ont expliqué les autorités. A son âge, elle aurait dû être aux portes du Lycée plutôt que de vouloir maintenant s’inscrire en 6ième.

L’histoire d’Aline est loin d’être unique en Côte d’Ivoire. Selon l’UNICEF, elle est l’une de 2,8 millions d’enfants dont les naissances n’ont pas été enregistrées dans les délais légaux.

Les parents d’Aline n’ont pas enregistré sa naissance dans les trois mois suivant l’accouchement. Quoi qu’ils aient réussi à faire établir son extrait de naissance à l’âge de 8 ans, ce retard, auquel viendront s’ajouter d’autres retards scolaires à cause des crises politiques qu’a connues le pays, n’a pu être rattrapé.

En zone rurale, trois naissances sur 10 ne sont pas déclarées

La non-déclaration des naissances en Côte d’Ivoire est un problème chronique qui s’est aggravée pendant les crises des ces 10 dernières années. A cause de l’effondrement de l’administration aux premières heures de la rébellion, en 2002 dans la moitié nord du pays, il était devenu impossible, même aux parents qui le voudraient, de déclarer la naissance de leurs enfants.

La crise post-électorale de 2010 rendra la tâche également difficile pour les parents dont les enfants sont nés entre novembre 2010 et juillet 2011. Dix ans de troubles vont ainsi contribuer à aggraver la situation dans les zones rurales où trois naissances sur 10 ne sont pas déclarées alors qu’en zones urbaines, seule une naissance sur 10 ne l’est pas.

Le gouvernement ivoirien décida dès 2012 d’assouplir temporairement les conditions d’enregistrement des naissances survenues pendant les périodes de crises de 2002 et 2010, en autorisant les parents à directement déclarer leurs enfants dans les centres d’état-civil. Cela signifie que les parents n’ont plus à faire établir des jugements supplétifs dans les tribunaux.

Faire passer le message

Les organisations humanitaires aident le gouvernement à faire passer le message sur la possibilité qu’ont les parents de faire enregistrer les naissances à l’état-civil. L’UNICEF et le HCR travaillent également avec les autorités éducatives et des responsables locaux dans certaines régions en offrant de l’assistance aux familles.

Ce travail a permis de délivrer des extraits de naissance à près de 70 000 enfants dans les régions centre, ouest et nord du pays.

Le travail continue. Le HCR aide les réfugiés de retour d’exil, notamment du Libéria, à obtenir leurs extraits de naissance. A Goya, dans la région du Cavally, l’organisation a aidé plus de 80 personnes à obtenir leurs documents d’identité depuis le début de l’année 2013.

«Nous tenons des réunions dans les communautés et nous diffusons un film pour sensibiliser la population sur l'importance des documents d'identité», explique Joseph Djitro, employé du HCR sur le terrain. «Nous expliquons que les enfants ont besoin de papiers d'identité pour l'inscription à l'école et aux examens. Nous les informons également que les adultes en ont besoin aussi pour obtenir un permis de conduire ou ouvrir un compte bancaire.»

Le progrès est lent. Les autorités éducatives de la Côte d’Ivoire ont demandé à OCHA et à d’autres organisations humanitaires de sensibiliser les populations et de les informer de cette occasion.

Un écolier sur 4 sans extraits de naissance

En plus d’assouplir les conditions d’enregistrement des naissances, le gouvernement ivoirien a demandé à toutes les écoles du pays de ne plus refuser l’entrée aux enfants qui n’ont pas de certificat de naissance.
Ainsi, près de 750 000 enfants ont-ils été admis à l’école primaire, selon les chiffres du Ministère de l’Education Nationale et de l’Enseignement Technique (MENET). Ce chiffre représente le quart des écoliers inscrits l’année dernière.

Cependant, les écoliers sans acte de naissance auront des difficultés à s’inscrire en 6ième, prévient Mme Jeanne Kopieu, Sous Directrice de l’Education pour Tous au MENET.

“L’absence d’extrait d’acte de naissance ne permettra pas à l’enfant d’avoir le dossier administratif de candidature pour passer l’examen du Certificat d’études primaires élémentaires (CEPE) et le concours d’’entrée en sixième», explique t-elle.

Au delà du premier semestre de l’année prochaine, les parents en retard n’auront plus la possibilité de déclarer les naissances directement à l’état-civil. Aussi, les responsables de l’éducation nationale ont-ils demandé aux organisations humanitaires de continuer leur plaidoyer pour l’admission à l’école primaire des enfants sans acte de naissance, le temps que les enregistrements soient faits.

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