Côte d’Ivoire: Ils reconstruisent leur village peu après le conflit.

1 September, 2013
Avril 2011, Carrefour, Côte d'Ivoire : Bohé Constant est né et a grandi à Carrefour, à l'ouest de la Côte d'Ivoire. Les habitants de Carrefour dont Constant, ont dû fuir leur village et se mettre à l'abri ailleurs par crainte pour leur vie. Mais, ils ne pouvaient rester éloignés trop longtemps. Constant était déterminé à faire reconstruire leur communauté le plus tôt possible. Credit: OCHA/Evariste Nessougoh
Avril 2011, Carrefour, Côte d'Ivoire : Bohé Constant est né et a grandi à Carrefour, à l'ouest de la Côte d'Ivoire. Les habitants de Carrefour dont Constant, ont dû fuir leur village et se mettre à l'abri ailleurs par crainte pour leur vie. Mais, ils ne pouvaient rester éloignés trop longtemps. Constant était déterminé à faire reconstruire leur communauté le plus tôt possible. Credit: OCHA/Evariste Nessougoh

À la différence de nombreuses zones affectées par la crise post électorale de 2011, le quartier Carrefour à Duékoué s’est vite remis sur pied et est resté dynamique dès lors. Constant Bohé, natif du quartier était à l’avant-poste du relèvement en 2011. Il s’en souvient.

Des centaines de villageois avaient été tués et plus de 700 000 personnes ont dû quitter leurs maisons et se réfugier ailleurs par crainte pour leur vie et la sécurité de leurs familles, à la suite des violences qui ont éclaté après les élections de 2011.

Près de 28 000 de ces personnes ont dû se réfugier dans la cour de la paroisse catholique de Duékoué à l’Ouest  de la Côte d’Ivoire.

Les conditions de vie y étaient extrêmement difficiles ; l’accès à la nourriture et à l’eau potable étant très limité, se souvient Constant Bohé. Père de quatre enfants, Constant est professeur de Mathématiques au collège local. Les conditions d’hygiène et d’assainissement se dégradèrent très vite à cause de la grande promiscuité dans laquelle vivaient les déplacés. En moyenne, quatre décès - des personnes âgées succombant à l’épuisement ou à des maladies respiratoires chroniques— y étaient enregistrés tous les jours.

Pas du tout découragé par l’insécurité, Constant était déterminé à retourner à Carrefour pour, de lui-même, se rendre compte de l’état des lieux et voir comment commencer à reconstruire. Quelques villageois se joignirent à lui. Avec l’appui des casques bleus et d’une équipe de travailleurs humanitaires sous la coordination d’OCHA, Constant retourna à Carrefour quelques semaines après le début des violences.

Ils trouvèrent le village très dégradé, les maisons et les infrastructures tenant à peine debout. Des cadavres jonchaient le village tandis que des pilleurs s’emparaient de tout ce qu’ils pouvaient malgré la présence de forces armées et de chasseurs traditionnels (dozos).

La résilience de la communauté

Constant et un petit groupe de personnes retourneront à Carrefour quelques jours après cette première visite d’évaluation. S’abritant où ils pouvaient, les membres se sont mis à nettoyer les débris et à restaurer lentement ce qui pouvait encore l’être. D’autres familles se joindront à l’effort de reconstruction peu après.

« Dès le retour, nous avons mis en place un comité, et des sous- commissions, chacune chargée d’un secteur spécifique, assainissement, habitat, femmes, etc… », explique Constant. « Nous avons identifié nos priorités, et nous nous sommes mis au travail. »

Les premiers jours n’étaient pas faciles pour autant. La moindre fausse alerte ou rumeur donnait lieu immédiatement à un mouvement de panique et de fuite. Peu à peu, le sentiment de sécurité s’est renforcé, et la vie a repris ses droits.

“Les organisations humanitaires ont été avec nous dès le premier jour » se rappelle Constant. «Elles nous ont aidé à faire rétablir l’électricité par exemple, pour la réouverture de l’école ou du centre de santé  ».

« Le PAM nous a donné des vivres, Oxfam s’est chargé de la chloration des puits, OMS a réhabilité le centre de santé et l’a équipé, HCR a assuré la réhabilitation du marché… »

Quand il pense à ces moments tragiques de l’histoire de sa communauté, Constant ne peut que dire :

« Nous voulons la paix maintenant. Que nos enfants grandissent ici, qu’ils n’aient jamais à fuir ou à craindre dans leur propre pays ».