Entretien: «Les Centrafricains ont le droit à une assistance humanitaire»

11 July, 2013
Kaga-Bandoro, RCA : 1.6 million de personnes en Républiques centrafricaine ont besoin d’assistance humanitaire. Crédit : IRC
Kaga-Bandoro, RCA : 1.6 million de personnes en Républiques centrafricaine ont besoin d’assistance humanitaire. Crédit : IRC

La crise en République centrafricaine (RCA) a commencé fin décembre 2012, quand un groupe rebelle a pris le contrôle de plusieurs villes au nord du pays et a marché vers la capitale, Bangui. La coalition Séléka – une alliance de groupes rebelles – a pris le pouvoir en mars 2013. Malgré la création d’un gouvernement de transition, l’insécurité persiste sous la forme de pillages généralisés et de violences et tout cela a un impact dévastateur sur les civils.

Kaarina Immonen a pris son poste de Coordinatrice de l’action humanitaire en RCA en janvier 2013. Dans cet entretien, elle parle de l’impact humanitaire de la crise et des efforts des agences humanitaires pour soutenir les communautés vulnérables dans cet environnement complexe.

Q: Quelle est la gravité de la situation humanitaire en RCA?

La situation humanitaire en RCA était déjà préoccupante avant même la prise de pouvoir de la Séléka. La majorité de la population dépendait déjà de la communauté internationale pour les services sociaux de bases tels que la santé, l’eau, l’assainissement et l’éducation. Les centrafricains ont un des taux d’espérance de vie les plus bas au monde et les indicateurs de mortalité figurent parmi les plus élevés.  

La crise a donc contribué à aggraver ce qui était déjà une situation critique. Les violences ont entraîné le déplacement de 206 000 personnes à l’intérieur du pays et 58 000 centrafricains se sont réfugiés dans les pays voisins. La communauté internationale s’attelle à répondre aux besoins prioritaires de 1.6 million de personnes touchées par la crise, soit 35 pourcent de la population.

48 ans
espérance de vie en RCA

1.6 million
 de personnes ont besoin d’assistance

206,000
de personnes déplacées à l’intérieur du pays depuis fin 2012

58,000
personnes ont fui le pays

42,000
réfugiés centrafricains en RDC

484,000
en risque de se retrouver en situation d’insécurité alimentaire

Q: Que font les organisations humanitaires pour aider les personnes touchées par la crise?

Nous avons identifiés les besoins prioritaires tels que les soins médicaux, la sécurité alimentaire, la protection et l’assainissement. L’UNICEF a importé des produits servants à la purification de l’eau à Bangui pendant que l’OMS a délivré des médicaments, du matériel obstétrique et chirurgical dans les centres de santé, les unités de maternités et les hôpitaux de la ville. Nous avons répondu à une épidémie de rougeole et nous apportons un soutien médical et psycho-social aux victimes de violences sexuelles et basées sur le genre. L’UNICEF, le PNUD et l’ONG française ACTED fournissent une assistance pour la gestion des déchets.

LA FAO, le PAM et l’ONG Action Contre la Faim continuent la distribution de nourriture et d’apports agricoles mais elle doit être augmentée. La sécurité alimentaireest particulièrement préoccupante. Environ 480 000 personnes à travers le pays risquent de se retrouver en situation d’insécurité alimentaire s’ils ne reçoivent pas d’assistance. La sécurité alimentaire des personnes déplacées à l’intérieur du pays est alarmante. Selon toute vraisemblance, la crise va ruiner la saison agricole en cours. Les familles ont déjà perdu leurs réserves alimentaires, leurs outils, leurs semences, leur bétail et leurs revenus à cause des pillages et de la crise prolongée.  

Les marchés reprennent lentement leur activité mais avec peu de nourriture disponible nous constatons une augmentation importante du prix des denrées alimentaires. Les plus vulnérables ne mangent qu’une fois par jour et les repas deviennent de moins en moins variés. Le risque d’une crise nutritionnelle durant la période creuse (juillet à septembre)  est très élevé à moins qu’une assistance d’urgence soit apportée.

Q: Quels sont les défis principaux auxquels font face les organisations humanitaires?

Les agences des Nations Unies et nos partenaires humanitaires demeurent engagés à fournir une assistance vitale à la population centrafricaine. Mais nos activités sont entravées par l’insécurité et le manque de financement.

L’insécurité régnantelimite notre capacité d’accéder aux personnes vulnérables. Nous avons appelés tous les groupes à respecter l’espace et les principes humanitaires et à garantir un libre accès aux communautés vulnérables.

Plus précisément, nous avons appelé le gouvernement de transition et les autres groupes à arrêter les abus contre les civils, particulièrement contre les femmes est les enfants qui sont les principales victimes de ce conflit. Nous les avons appelés à sécuriser le réseau routier afin que nous puissions physiquement nous rendre là où notre présence est requise.

Au niveau du financement pour 2013, nous avons demandé 200 millions de dollars et nous en avons reçu seulement 30 pourcent. Nous remercions nos donateurs pour leur soutien mais nous avons besoin d’encore beaucoup plus et cela très rapidement. Nous allons lancer très prochainement une révision de cet appel afin de refléter les récents changements affectant la situation humanitaire en RCA.

Q: Pourquoi demandez-vous plus d’argent alors que l’accès est tant limité?

Malgré les difficultés que je viens de mentionner, beaucoup d’organisations ont repris leurs activités et sont en train de déployer des équipes et du personnel dans des zones en dehors de la capitale lorsque la situation sécuritaire le permet. Quelques ONG ont pu maintenir leurs opérations dans certaines parties du pays qui ont été moins touchées par les pillages et les violences. Nous devons non seulement les soutenir mais aussi faire en sorte qu’elles soient rejointes et soutenues par d’autres organisations.

Ces organisations – parmi lesquelles des agences de l’ONU – qui ont eu leurs bureaux et leurs entrepôts pillés ont également besoin de financement pour reconstruire leur capacité opérationnelle afin d’être prêtes à apporter une assistance dès que l’accès sera rétabli dans tout le pays.

Mais nous ne restons pas les bras croisés à attendre que cela se passe. Nous négocions avec les autorités de la Séléka et les autres forces en dehors de la capitale afin que nos partenaires puissent avoir accès aux personnes touchées et qu’ils puissent progressivement retourner dans les provinces.

Q: Etant donné que vous avez un important manque de financement, qu’est ce qui est fait pour assurer la continuation des programmes d’aide sur le court terme?

Le Fonds central de réponse aux urgences (CERF) a alloué 7 millions de dollars pour soutenir la réponse humanitaire, et le fond humanitaire commun de la RCA (un fond commun qui fournit un financement rapide et prévisible) a été activé pour apporter un financement aux besoins critiques. Jusqu’à présent le fond a reçu environ 4.25 millions de dollars.

Mais comme je l’ai dit, nous avons besoin de financements supplémentaires et cela de manière urgente afin de réapprovisionner les stocks et assurer une réponse des agences humanitaires face aux besoins qui ne cessent d’augmenter. Les fournitures médicales, l’aide alimentaire et nutritionnelle, l’approvisionnement en eau, l’assainissement et les services d’hygiène sont absolument essentiels.

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Entretien: Laura Fultang, OCHA CAR