Interview: Coordonnateur de l’action humanitaire en Côte d’Ivoire

29 April, 2013
Août 2012: Le Coordonnateur de l’action humanitaire, Ndolamb Ngokwey, participe à une distribution de vivres du Programme Alimentaire Mondial, lors d’une mission dans le nord de la Côte d’Ivoire (région de Korhogo). Photo : ONUCI
Août 2012: Le Coordonnateur de l’action humanitaire, Ndolamb Ngokwey, participe à une distribution de vivres du Programme Alimentaire Mondial, lors d’une mission dans le nord de la Côte d’Ivoire (région de Korhogo). Photo : ONUCI

En 2010-2011, la Côte d’Ivoire a connu une des pires crises humanitaires de son histoire récente. Les violences qui ont éclaté à la suite du deuxième tour des élections présidentielles du 28 novembre 2010 ont fait environ 3000 morts et ont forcé près d’un million de personnes à fuir. Deux ans après cette crise, la stabilité est graduellement revenue au  pays ce qui a permis le retour de la majorité des réfugiés et personnes déplacées.

La situation humanitaire s’est nettement améliorée bien que des poches de vulnérabilité persistent sur l’ensemble du territoire. La transition entre les opérations humanitaires urgentes pour sauver des vies et les projets axés sur le relèvement précoce et le développement durable du pays est dorénavant entamée. Dans ce contexte, le Coordonnateur de l’action humanitaire, Ndolamb Ngokwey, a répondu à quelques questions sur cette phase de « transition ».

Q. Qu’est-ce que la transition?

La notion de transition réfère à la notion d’adapter sa façon de fonctionner au fur et à mesure qu’une situation change.

Pour les humanitaires, la transition est la période entre la « crise »  pendant laquelle des secours d’urgence ont été apportés pour sauver les vies des personnes affectées, et le retour à une stabilité qui permet aux populations de vaquer à leurs occupation de façon normale. Cet entre-deux est une période de fragilité, au cours de laquelle les autorités nationales reprennent graduellement leur rôle en tant que responsables de la protection et de la fourniture des services de bases aux populations.

Au cours de cette phase de transition, les acteurs humanitaires continuent leur appui aux vulnérables pendant que le train du développement prend le départ. La transition implique aussi un appui aux autorités nationales afin de s’assurer, autant que possible, que tout est en place pour prévenir les nouvelles crises, ou pour minimiser l’impact d’éventuelles crises futures sur les populations.

Q. Combien de temps dure la transition?

Il n’y a pas de durée préétablie puisque tout dépend de l’évolution de la situation, mais il est important que la transition se fasse par étape. Un retrait prématuré de l’aide humanitaire peut mettre en péril les avancées réalisées. En d’autres termes, il s’agit de s’assurer que les plus vulnérables continuent à recevoir l’appui nécessaire pour ne pas retomber en crise, tout en s’assurant aussi que cette aide vise à leur donner les outils nécessaires pour qu’ils puissent retrouver leur propres moyens de subsistance et développer leur capacité de résilience. 

Q. La transition, qu’est-ce que cela veut dire pour les acteurs humanitaires en Côte d’Ivoire?

Pour le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies (OCHA) et les autres membres de la communauté humanitaire, cela veut dire faire évoluer leur rôle et leurs activités pour soutenir la  Côte d’Ivoire au fur et à mesure de la stabilisation de la situation humanitaire, sécuritaire et politique du pays.

Cela veut dire aussi que les structures mises en place pendant la crise pour assurer une bonne coordination de l’aide apportée sur le terrain  par les différents acteurs humanitaires sont graduellement transférées aux autorités nationales compétentes.  Pendant cette période, l’accent est mis sur le renforcement des capacités locales, notamment en matière de préparation aux catastrophes naturelles et de réduction des risques, pour s’assurer que des mécanismes adéquats soient en place après l’éventuel départ des humanitaires.

Q. Quel est le rôle de chacun dans cette transition?

Chacun a un rôle à jouer pour une transition réussie.

D’abord, les autorités nationales, qui doivent veiller à ce que les besoins des plus vulnérables soient pris en compte tout en continuant de jeter les bases d’un développement socio-économique durable pour le pays. Une transition réussie présuppose le redéploiement de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire et l’assurance que les structures et services étatiques sont fonctionnels et disposent des ressources adéquates pour assumer leur rôle.

Les acteurs humanitaires ont aussi un rôle à jouer en se retirant graduellement tout en s’assurant que la partie nationale reprenne progressivement les rôles et responsabilités qu’ils ont assumés pendant la crise, au moment où les structures étatiques étaient affaiblies ou absentes.  Cela se fait par le transfert des mécanismes de coordination des différents secteurs d’intervention accompagné d’un renforcement des capacités gouvernementales. Sur les onze  groupes de responsabilité sectorielle  ou « clusters »  mis sur pied en Côte d’Ivoire pendant la crise pour coordonner les opérations d’urgence, six ont d’ailleurs déjà été désactivés et transférés aux ministères compétents (en date du 30 avril 2013). Au cours de la transition, la nature de l’aide humanitaire est également modifiée : par exemple, l’aide médicale directe aux populations laisse graduellement place à la réhabilitation des infrastructures de santé et à la formation de leur personnel afin qu’ils soient en mesure de fournir des services de santé de qualité; les distributions alimentaires sont aussi progressivement remplacées par un appui à la relance des activités agricoles ou par des programmes de vivres contre travail ou de transfert d’argent; etc.

Les acteurs de développement, tels que les ONG nationales et internationales et les agences du système des Nations Unies, participent aussi à la réussite de cette phase de transition. Ils accompagnent le Gouvernement dans la mise en œuvre de programmes qui vise à ce que les populations puissent se reprendre  en main et retrouver leur moyen de subsistance afin de participer pleinement au développement durable du pays.

Pour une transition réussie, tous les acteurs impliqués doivent travailler, d’une part, à répondre aux besoins des plus vulnérables et, d’autre part, à restaurer la dignité et l’autonomie des individus.

Reporting d’OCHA Abidjan: Anouk Desgroseilliers