Cameroun: Extrême-Nord, Rapport de situation No 64 (janvier - mars 2026)
Ce rapport a été produit par OCHA en collaboration avec les partenaires humanitaires. Il couvre la période du 1er janvier au 31 Mars 2026.
FAITS SAILLANTS
- Plus de 15 300 personnes nouvellement déplacées, dans les départements Logone-et-Chari et le Mayo-Tsanaga.
- Plus d’un million de personnes en insécurité alimentaire sévère selon les résultats du cadre harmonisé.
- Quinze districts sanitaires sur 33 en situation d’épidémie de rougeole dans la région.
- Cinq incendies enregistrés dans les sites de personnes déplacées internes de Kolofata, Mora, Gobo entre février et mars 2026.
- Plus de 200 000 enfants dépistés pour la malnutrition, avec des taux de malnutrition aiguë sévère dépassant 20 % à Bogo et Maroua 3. Près de 9 000 personnes assistées à Minawao, incluant soins primaires, vaccination, prise en charge de maladies chroniques et soutien santé mentale.
- Plus de 18 000 enfants bénéficiaires d’une assistance alimentaire scolaire dans 32 écoles, contribuant à l’amélioration de la fréquentation.
- Plus de 1 000 élèves (dont 638 filles) ont reçu des kits scolaires dans les localités de Maltam, Biamo, Makary, Bodo et Amchilga.
- Au moins 45 élèves vulnérables (dont 12 filles) ont bénéficié de la prise en charge des frais d’examens, réduisant les risques d’abandon scolaire.
1,3 MILLION Personnes dans le besoin | Source : Aperçu des besoins humanitaires 2026
817 000 Personnes ciblées | Source : Plan de réponse humanitaire 2026
510 855 Personnes déplacées internes | Source : OIM DTM N°29- Juillet 2025
79 384 Réfugiés dans le camp de Minawao | Source : Statistiques de personnes relevant de la compétence du HCR/ Gouvernement du Cameroun – Février 2026
43 557 Refugiés hors camp (zone rurale) | Source : Statistiques de personnes relevant de la compétence du HCR/ Gouvernement du Cameroun-février 2026
296 395 Personnes retournées | Source : OIM DTM N°29- Juillet 2025
CONTEXTE HUMANITAIRE
Au cours du premier trimestre 2026, la région de l’Extrême Nord a été confrontée à une accumulation de crises sécuritaires, alimentaires, nutritionnelles et environnementales qui ont dégradé les conditions de vie des populations. Les attaques des groupes armés non étatiques (GANE), les tensions intercommunautaires, les incendies à répétition dans les sites de personnes déplacées et la détérioration rapide des moyens d’existence continue à maintenir une situation humanitaire complexe et multidimensionnelle.
Les GANE ont poursuivi leurs activités dans plusieurs localités des départements du Logone-et-Chari, Mayo-Tsanaga et Mayo-Sava, menant des incursions dans les villages, les champs, les zones pastorales, piscicoles et certains axes routiers, notamment la Route Nationale n°1. Des incidents ont été signalés à Sandawadjiri, Warawide, Tolkomari, Gouzoudou, Kouyape, Maloumri, Amchidé, Vouzod (Mayo-Sava) et Waza (Logone-et-Chari), en plus d’une attaque contre une installation des forces de défense et de sécurité à Darak. Les violences ont entraîné un bilan trimestriel considérable, avec 104 personnes tuées, 123 personnes blessés, 128 personnes enlevées, neuf incidents impliquant des engins explosifs improvisés (EEI), ainsi que deux écoles et quatre centres de santé intégrés attaqués.
Comparée à la même période en 2025, la situation sécuritaire présente une augmentation des incidents liés aux EEI, passant de 2 à 9 en 2026, suggérant un risque accru le long de certains axes routiers. Par ailleurs, les attaques contre les infrastructures civiles montrent également une hausse modérée, avec deux écoles et quatre centres de santé intégrés (CSI) attaqués en 2026, contre une école et un CSI sur la même période en 2025. Cette évolution indique une exposition persistante des services sociaux de base.
La détérioration du contexte sécuritaire au cours du trimestre a également entraîné d’importants mouvements de population. Plus de 15 300 personnes (2 235 ménages) ont été contraintes de se déplacer pour échapper aux attaques, aux incursions armées et aux menaces croissantes dans leurs localités d’origine. La majorité de ces déplacements ont été enregistrée dans le Logone-et-Chari, suivi du Mayo-Tsanaga.
Les tensions intercommunautaires liées à l’accès aux ressources naturelles ont également été signalées dans le Logone-et-Chari. A Maltam, un différend agro‑pastoral a éclaté lorsqu’un agriculteur a agressé un berger, l’accusant d’avoir laissé son bétail endommager une rizière. D’autres tensions similaires ont été signalées dans les communes de Makary, Abassouni, Nigue et Chahak, reflétant la pression croissante sur les terres cultivables et les espaces de pâturage, accentuée par l’insécurité et les déplacements successifs.
Les incendies dans les sites de personnes déplacées internes (PDI) ont constitué l’une des crises les plus marquantes du trimestre. À Kolofata, dans le département du Mayo-Sava, plusieurs sites de PDI ont été touché par des incendies successifs les 7 et 28 février, entraînant la destruction de centaines d’abris, la perte de biens essentiels et plusieurs blessés. Le 19 mars, un troisième incendie a ravagé près de 150 abris sur le site de Madagascar, aggravant la situation humanitaire dans une localité déjà sous pression. D’autres incendies ont été signalés à Gancé, Guidi (arrondissement de Kolofata), Igawa même (Arrondissement de Mora). Les besoins prioritaires identifiés incluent les abris, les articles ménagers essentiels, l’hygiène et l’aide alimentaire. La réponse multisectorielle est en cours aux cotés des autorités administratives et communales. Face à la répétition de ces incidents, une commission locale a été mise en place pour encadrer l'utilisation de matériaux plus résistants au feu, étudier l’extension de sites surpeuplés et analyser les possibilités de relocalisation.
Parallèlement, la situation alimentaire s’est fortement détériorée. Au 16 mars, plus d’un million de personnes se trouvaient en insécurité alimentaire sévère (Phase 3) selon les résultats du cadre harmonisé dans l’Extrême-Nord. Les épisodes de fortes chaleurs risquent de provoquer une soudure précoce, tandis que les ménages les plus vulnérables, dépourvus de stocks alimentaires en raison des déplacements et de la perte de moyens de subsistance, adoptent des stratégies d’adaptation négatives telles que la réduction du nombre de repas, la vente d’actifs ou la décapitalisation du bétail. Dans ce contexte, une note de plaidoyer multisectorielle a été préparée par les partenaires du secteur sécurité alimentaire, santé et nutrition pour appeler à une action urgente face à la crise alimentaire précoce de 2026. Elle estime à 84,7 millions de dollars américains, les ressources nécessaires pour répondre aux besoins de 937 677 personnes.
La situation nutritionnelle est également préoccupante. Un dépistage nutritionnel réalisé auprès de plus de 202 000 enfants dans cinq districts du Mayo-Sava et du Diamaré a mis en évidence des niveaux très élevés de malnutrition aiguë, avec des taux de malnutrition aiguë sévère dépassant 20 % à Bogo et à Mora. La situation est aggravée par la rupture d’intrants nutritionnels dans les districts de Bogo et Maroua III, consécutive au retrait d’un acteur clé, ce qui limite l’accès des enfants aux services essentiels. Une réponse d’urgence de 30 cartons d’intrants a été apportée ; toutefois, les capacités de prise en charge restent insuffisantes au regard de l’ampleur de la crise, et une mobilisation supplémentaire de ressources est indispensable pour renforcer la prévention et la prise en charge de la malnutrition.
Concernant l’accès humanitaire, des améliorations ont été observées grâce au retrait des eaux de la saison pluvieuse. L’axe Maroua-Kousseri via Zina a été réévalué et classifié comme accessible sous conditions avec une reprise des trafics commerciaux, l'utilisation régulière par les acteurs humanitaires. Par ailleurs, le Plan des Besoins et de Réponse Humanitaires 2026 identifie 1,3 million de personnes dans le besoin, avec 817 000 personnes ciblées pour l’assistance humanitaire dans l’Extrême-Nord.
Download attachment