Mali : Besoins Humanitaires et Plan de Réponse 2026

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1.1 Aperçu de la crise

L’évolution de la situation humanitaire en 2025 laisse entrevoir une année 2026 durant laquelle les populations continueront de subir l’effet combiné de facteurs sécuritaires, climatiques, sanitaires et socioéconomiques.

Les opérations militaires en cours dans le nord et le centre, et leur extension vers le sud et l’ouest, ont contribué à un contexte sécuritaire tendu, marqué par des violences récurrentes affectant les civils avec une multiplication des risques de protection.

Les femmes, les enfants, les personnes vivant avec un handicap, les personnes âgées ainsi que les personnes déplacées internes ont été parmi les plus exposés à ces menaces multiformes. À la fin de 2025, selon la Direction nationale du développement sociale (DNDS), près de 415 0001 personnes étaient déplacées à l’intérieur du pays, dont 30% de femmes et de filles, 58% d’enfants et 4% de personnes âgées. En 2026, cette dynamique pourrait s’amplifier en raison de, entre autres, la persistance des combats contre les groupes armés, des attaques des groupes armés contre les civils, des poches de violence localisées. La prévalence de violences basées sur le genre (VBG), d’enrôlements forcés, de restrictions accrues à la liberté de mouvement et d’autres violations vont accentuer les risques de protection, en particulier dans les zones rurales et enclavées.

Si les inondations historiques de 2024, qui ont affecté plus de 850 000 personnes, continuent d’entraîner des conséquences sur les ménages, 2025 a été une année bien différente. Au 30 octobre 2025, 47 cas d’inondations avaient été enregistrés, affectant près de 21 000 personnes , ainsi que des pertes en bétail et champs agricoles, selon la Direction Générale de la Protection Civile. En 2026, les communautés déjà touchées par la sécheresse, la dégradation environnementale ou les inondations de ces deux dernières années resteront hautement exposées aux risques d’insécurité alimentaire, de malnutrition et d’épidémies, notamment dans les zones à forte concentration de personnes déplacées ainsi que celles du bassin du fleuve Niger.

Le Mali demeure fortement exposé aux chocs sanitaires, en raison de la faible couverture vaccinale, la mobilité des populations, le déficit d’infrastructures et les difficultés d’accès dans plusieurs zones. Cette fragilité structurelle accroît le risque de résurgence épidémique, comme l’a illustré la flambée récente de diphtérie, particulièrement dans les régions du centre.

Au 11 novembre 2025, selon les autorités maliennes, le pays comptait 429 cas suspects et 29 décès, dont 46 cas confirmés sur 183 échantillons analysés. 361 cas cliniquement compatibles ont été signalés, principalement dans les régions de Mopti, Ségou et Koulikoro, tandis que 137 cas étaient non confirmés.
Les enfants âgés de 5 à 14 ans constituaient la tranche d’âge la plus touchée (57% des cas), suivis des personnes de 15 ans et plus (18%) et des enfants de 12 à 59 mois (17%). La situation était d’autant plus préoccupante que deux des trois pays africains affichant un taux de létalité supérieur à 10%, l’Algérie et la Guinée, partagent une frontière avec le Mali. Le Niger, également frontalier, figure parmi les pays ayant un taux de létalité compris entre 5 et 10%, comme le Mali lui-même. À cela s’ajoute la confirmation, en novembre 2025, du premier cas de Mpox, faisant peser une menace supplémentaire. Deux semaines plus tard, 10 cas communautaires avaient été déjà confirmés, 3 cas à Kangaba et 7 dans l’agglomération de Bamako.

Selon l’institution d’analyse INFORM2 qui établit un classement de vulnérabilité sur la base de plusieurs critères (sécurité/conflit, épidémies, stabilité socio-économique), le Mali verra une prolongation en 2026 du contexte sécuritaire tendu observé en 2025. L’exposition structurelle du pays aux effets du changement climatique, aux défis de l’État de droit et aux tensions régionales continuera probablement d’alimenter les fragilités.
Malgré une croissance économique projetée en 2025 autour de 5% et les entrées financières liées à l’exploitation aurifère, la situation est restée fragile en raison des indicateurs tels que le chômage, le faible pouvoir d’achat, et une économie peu diversifiée. Les récentes perturbations liées à l’approvisionnement en carburant ont secoué l’activité économique sans pour autant créer un choc économique majeur, le pays a su résister. Il est à craindre que des nouveaux développements qui affecteraient le pays, notamment une nouvelle crise de carburant, et qui se prolongeraient dans le temps, mettront davantage en mal les ressorts économiques. Sur le plan politique, l’année a été marquée par de nombreux faits, le plus signifiant étant la consolidation du pouvoir de la transition militaire par l’établissement d’un mandat de cinq ans renouvelables du Chef de l’Etat, Président de la Transition, le Général d'Armée Assimi Goïta et la dissolution des partis politiques.

En termes d’accès, entre janvier et novembre 2025, le Mali a enregistré 753 incidents d’accès humanitaire3, une hausse de 40% par rapport à 2024 sur la même période, marquant une nette détérioration du contexte d’accès. Les engins explosifs, les hostilités armées, et les interférences directes ont constitué des menaces croissantes pour les opérations humanitaires. Ces contraintes ont entraîné des restrictions d’accès pour les populations vulnérables, avec 15 localités difficilement accessibles, et ont compromis la sécurité du personnel humanitaire (62 cas de violences ciblées, 19 humanitaires enlevés et 2 cas d’assassinats en juillet). Les zones les plus affectées en 2025 étaient : le nord (Gao, Ménaka, axes vers Kidal) ; le centre (Ségou, Mopti, Tombouctou, Farabougou, Diré, Gourma de Niafunké, Léré) ; le sud/ouest (Kayes, Nioro du Sahel,
Mourdiah). Le recours croissant aux drones armés au cours des derniers mois a renforcé les contraintes d’accès humanitaire, limitant la couverture des services essentiels et réduisant l’espace de réponse dans les zones déjà fortement touchées.