Skip to main content

You are here

Title

Au Niger, des moto-taxis à l’eau fraîche

01 Mar 2016

Body

Une personne affectée par les violences prend une moto-taxi pour transporter les vivres qu'il a reçu avant l'interdiction de la circulation des motos. Photo: Diffa Commune.
 
Show Image
En raison des nombreuses attaques armées perpétrées dans la région de Diffa, et dans d’autres pays dans le bassin du lac Tchad, de nombreuses mesures ont été prises par les autorités pour renforcer la sécurité des zones à risque.

A le voir assis devant sa boutique au marché de Diffa, au sud-est du Niger, Souleymane semble avoir vécu le double de son existence. Une profonde amertume se lit sur son visage. Pourtant, il n’a que 28 ans et vaquerait probablement à son activité d’exploitant de moto-taxi si sa région n’était pas affectée par les violences liées au groupe armé Boko Haram.

Souleymane a conduit pendant cinq années sa moto-taxi à l’intérieur et aux alentours de Diffa. Ses revenus, quoique modestes, lui permettaient de subvenir aux besoins de sa famille. Il est père de quatre enfants. « Depuis février 2015, je ne peux plus travailler avec ma moto-taxi. J’ai été obligé de trouver d’autres moyens pour nourrir ma famille, mais j’avoue que ce n’est pas toujours facile’’ a-t-il lâché.

En raison des nombreuses attaques perpétrées par des éléments de Boko Haram dans la région de Diffa et dans d’autres pays dans le bassin du lac Tchad, de nombreuses mesures ont été prises par les autorités pour renforcer la sécurité des zones à risque. « L’interdiction de la circulation des motos fait partie de ces mesures prises pour assurer la sécurité des populations, car de nombreuses attaques ont été commises par des personnes à bord de motos », a indiqué Hassane Ardo, Secrétaire général du gouvernorat de Diffa.

« J’ai dû me reconvertir en vendeur de boissons et de sachets d’eau fraîche mais le gain que j’en tire est plus bas que ce que je gagnais avec la moto, surtout en cette période de froid durant laquelle la vente de l’eau fraîche n’est pas si rentable », nous a confié Souleymane. « En plus, la plupart des marchés dans lesquels je me rendais pour vendre mes boissons sont maintenant fermés à cause des attaques de Boko Haram ».

Souleymane a pu démarrer son petit commerce grâce à l’appui de l’ONG Caritas Développement Niger (CADEV Niger) qui avait un programme d’appui financier destiné aux jeunes qui conduisaient les moto-taxis. Ce projet, lancé en mai 2015, octroyait environ 150 dollars (80 000 FCFA) à chaque exploitant. Ce programme a profité à 600 anciens exploitants de moto-taxis dans les départements de Diffa, Mainé Soroa et Goudoumaria.

« Je suis toutefois content que mon commerce tienne toujours. Certains de mes amis qui avaient reçu le même soutien financier que moi ont également pu se lancer dans des opportunités d’affaires tandis que d’autres ont vite été ruinés par les dettes qu’ils ont accumulées pour subvenir aux besoins de leurs familles », nous a confié Souleymane.

La Croix-Rouge nigérienne a appuyé d’autres jeunes anciens exploitants de motos-taxis pour l’obtention du permis de conduire afin de faciliter leur reconversion. « Nous avons appuyé 195 jeunes pour l’obtention du permis de conduire de catégorie B », s’est réjoui Saidou Issoufou, Assistant au Programme. « Aujourd’hui, la plupart de ces jeunes sont déjà chauffeurs de taxi ». Mais ils n’ont pas tous eu la chance de se reconvertir chauffeurs de taxi, en raison du nombre limité de véhicules dans la région. Rien qu’à Diffa ville, on dénombrait 858 exploitants de moto-taxis avant l’interdiction de la circulation des motos.

Les conséquences sociales de l’interdiction de la circulation des moto-taxis affectent aussi un nombre important de personnes qui travaillaient dans des secteurs liés tels que la vente de motos et de pièces détachées, sans oublier les mécaniciens et les vendeurs de carburant à la sauvette. 

Pour pallier ce problème, le gouvernement, à travers la Haute Aautorité à la Consolidation de la Paix, envisage des projets d’insertion des jeunes en appui à la sécurisation et à la résilience générales. Ce programme de 18 mois, prévoit le financement d’activités génératrices de revenu, la promotion d’activités culturelles et la formation professionnelle.

« Dans le contexte actuel de Diffa, l’assistance humanitaire d’urgence ne peut être la seule solution. Il y a un besoin impératif que les acteurs œuvrant sur le long terme s’impliquent davantage et dès maintenant, à trouver des solutions pérennes aux maux que sont, entre autres, le chômage et le manque de formation appropriée des jeunes », a déclaré Dieudonné Bamouni, Chef de Bureau OCHA pour le Niger. « Ce faisant, ils contribuent à leur protection et à leur bien-être social ».