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DRC: Le dernier médecin de Kabambare

15 May 2018

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Il est resté fidèle à son serment. Depuis plus de six mois, André Omatete, 32 ans, est le seul médecin en fonction dans la Zone de santé de Kabambare, dans le sud-est de la province oubliée du Maniema. Assis derrière son bureau dans le Centre de santé du village de Kabeya, il feuillette le registre des admissions de ce mois d’avril.

« J’ai prêté serment. Je suis resté malgré l’insécurité qui frappait la région. Les besoins de la communauté étaient et demeurent immenses. Mon épouse était enceinte, les routes étaient fermées, il était difficile de se déplacer. Elle a accouché ici alors que les balles crépitaient à l’extérieur. »

A Kabeya, Omatete se débrouille avec les moyens du bord. En plus d’accueillir les patients pour les consultations, son bureau fait également office de salle d’opération. Une table légèrement rembourrée et protégée par une couverture sert à toutes les interventions chirurgicales. « J’utilise le matériel personnel que j’ai amené de Goma pour opérer. Je travaille ici depuis cinq ans et je ne dispose d’aucun autre kit. »

Pas d’approvisionnement en médicaments depuis plus de deux ans

Le manque de médicaments est aussi criant que le manque de matériel. Les étagères de la pharmacie sont vides ou ne contiennent que quelques gélules. Au-delà d’une aide d’urgence ponctuelle apportée par une ONG internationale au gré des flambées de choléra, le centre de santé n’a pas été approvisionné depuis plus de deux ans par l’Etat ou un partenaire humanitaire, selon le praticien. « Nous achetons quelques médicaments grâce au peu de recettes que nous faisons. Mais presque tout nous fait défaut. Nous avons actuellement un patient qui souffre de choléra. Aucun sérum n’est disponible pour le traiter et il risque de mourir. »

Lorsque les patients viennent consulter, Omatete leur fait une ordonnance, généralement sans trop de conviction car il sait qu’ils auront du mal à trouver les médicaments pour se soigner. « Comme leurs maladies n’y sont pas résolues, la population vient de moins en moins au centre de santé. Elle préfère rester dans la communauté et tenter de se soigner grâce à des méthodes traditionnelles », poursuit le médecin.

Kabambare en phase d’urgence alimentaire

En raison des vagues de déplacement qui ont frappé la zone depuis septembre 2017, les enfants souffrant de malnutrition arrivent de plus en plus nombreux au centre de santé de Kabeya. « Nous sommes la seule structure à prendre en charge les cas de malnutrition. Pour l’heure, nous essayons tant bien que mal de traiter les problèmes qui y sont liés, mais nous ne remédions pas à la cause profonde en raison du manque d’intrants. »

Les résultats d’une étude menée en janvier 2018 par une organisation non gouvernementale internationale dans trois aires de santé du Territoire de Kabambare font état d’une situation nutritionnelle alarmante pour les enfants de moins de cinq ans. Ce territoire vit une situation nutritionnelle très critique, se situant en phase 4 sur une échelle de cinq – la phase 5 étant la famine- selon les derniers résultats du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) de mars 2018. La région était jusqu’alors en phase 3. L’IPC est un ensemble d’outils normalisés dont l'objectif est de classifier la sévérité et la magnitude de l’insécurité alimentaire.

Malgré les difficultés et les traumatismes, André Omatete fait face, sans se laisser déstabiliser et surtout, avec un sourire qui quitte rarement son visage. Il destine son énergie et son savoir-faire à adoucir et si possible soigner les souffrances des population affectées par les violences. Un engagement résumé en quelques mots, lourds de sens : « Je suis là pour la communauté. »
 

Photos: OCHA/Angélique Rime