Skip to main content

You are here

Title

Tchad : La Coordonnatrice adjointe des secours d’urgence partage les témoignages poignants des personnes déplacées qu'elle a rencontrées et parle de leur lutte pour la survie

19 Mar 2018

Body

La Sous-Secrétaire générale aux affaires humanitaires et Coordonnatrice adjointe des secours d'urgence, Ursula Mueller, s'est rendue en République Centrafricaine, au Cameroun et au Tchad, du 18 au 27 février 2018, pour constater de visu les conséquences humanitaires dévastatrices des violences affectant la RCA et le bassin du lac Tchad. Tout au long de sa visite, elle a rencontré des communautés touchées par les conflits, des familles qui ont fui les violences, et les personnes qui les ont accueillies chez elles.

Dans la région du Lac, au Tchad, Mme Mueller a été témoin des conséquences humanitaires de la crise du bassin du lac Tchad. Le conflit armé continue d'alimenter d’immenses souffrances humaines dans le nord-est du Nigéria et dans les régions voisines du Cameroun, du Tchad et du Niger autour du bassin du lac Tchad.

En prélude à la Conférence nationale humanitaire française des 22 et 23 mars prochains, où elle abordera des questions cruciales allant des stratégies pour combler le fossé entre développement et humanitaire au sous-financement de l'action humanitaire, Mme Mueller partage ici les témoignages poignants qu'elle a reçu au Tchad.

« Le Tchad figurera parmi mes priorités et je ferai part à la communauté internationale des témoignages des personnes avec qui j'ai parlé dans la région du Lac afin d’encourager de plus grands engagements financiers », a déclaré Mme Mueller.

Bien qu'étant l'une des régions les plus pauvres du Tchad, la région du Lac accueille une population totale de plus de 137 000 personnes, comptant parmi elles des personnes déplacées internes (PDI), des réfugiés du Niger et du Nigéria et des rapatriés.

“Nous avons besoin d'eau, de nourriture, d'écoles”


 

Dans le site de Yakoua, les personnes déplacées internes ont loué la générosité de la communauté hôte. « Nous avons beaucoup souffert avant de venir ici, » ont expliqué des femmes tchadiennes arrivées à Yakoua en 2015. « Quand nous sommes arrivés, les gens des villages nous donnaient de la nourriture, des vêtements, des chaussures, mais maintenant nous sommes trop nombreux. »

Les services de santé de base, d'éducation et d'approvisionnement en eau dans les communautés d'accueil, qui étaient déjà limités auparavant, sont maintenant surexploités suite à l’afflux des populations. « Nous n'avons pas d'hôpitaux ou d'écoles. Nous avons aussi besoin d'eau. Nous avons besoin que l’on nous aide. », a insisté une personne déplacée sur le site de déplacement de Yakoua, en demandant à Mme Mueller : « Pourriez-vous s’il vous plaît transmettre mon message à votre délégation et le partager avec le monde entier ? Nous avons désespérément besoin d'éducation, d'éducation secondaire, d'éducation supérieure. »

“Les humanitaires nous aident à survivre”

Dans toute la région du Lac, le PAM fourni une assistance alimentaire à 160 000 personnes déplacées internes ou réfugiées via des transferts monétaires ou des distributions de vivres. L'argent liquide aide les personnes déplacées à accéder à la nourriture sur les marchés locaux, qui serait autrement hors de portée pour leur budget. Cette modalité de paiement est basée sur l'analyse du marché et la disponibilité saisonnière des aliments, mais surtout elle prend en compte les préférences des gens.

« Depuis que nous sommes arrivés ici, les humanitaires nous aident tellement, » a reconnu un déplacé. « Avec l'argent que nous recevons, nous achetons à manger et pouvons aller à l'hôpital lorsque l’un d’entre nous est malade. »

Les communautés d'accueil apportent un soutien vital à ceux qui ont tout perdu

Dans le village de Brim, également dans la région du Lac, Mme Mueller a rencontré des femmes déplacées travaillant avec la communauté d'accueil dans un projet de maraîchage leur fournissant un moyen de subsistance et renforçant la cohésion sociale entre communautés. Le projet est géré par l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) en partenariat avec l’ONG nationale CHORA. Les membres de ces communautés reçoivent des semences, du matériel de jardinage et des formations.

À Brim, Mme Mueller a rencontré Salmata, une femme de 25 ans et mère de cinq enfants. Elle a fui son île du lac Tchad après une attaque, au cours de laquelle sa maison a été incendiée et de nombreuses personnes de son village tuées. Aujourd'hui, elle reconstruit sa vie grâce à la générosité de la communauté d'accueil et cette nouvelle possibilité de cultiver.

Brim accueille 750 personnes, dont 125 ménages déplacés (595 personnes) qui y sont arrivés en 2015, la plupart fuyant les attaques de Boko Haram sur leurs îles. La communauté hôte était la première à leur porter secours, les accueillant et leur offrant un abri.

Soulignant la générosité des hôtes, Mme Mueller a déclaré : « J'ai été touchée par la solidarité des familles d’accueil qui partagent le peu qu'elles ont avec ceux qui ont tout perdu. Il est essentiel de renforcer les moyens de subsistance de ces communautés. »

“Ces hommes, femmes et enfants ont besoin de solutions durables”

Mme Mueller a écouté les témoignages poignants de nombreuses personnes déplacées qui ont été forcées de fuir plusieurs fois et ont tout perdu. Leurs capacités de subsistance, essentiellement liées à l'agriculture et à la pêche, ont été brisées par les déplacements continus et l'insécurité prévalente, obligeant ainsi les personnes déplacées à dépendre de l'aide humanitaire.

« A cause de Boko Haram, nous avons dû quitter nos maisons. Si nous ne recevons aucune aide ici, nous devrons peut-être retourner d’où nous venons, même s'ils risquent de nous tuer. Même si nous n'avons rien, un filet nous permettrait d'aller pêcher dans le lac », a déclaré Abdu Abakar, un pêcheur déplacé. « Si nous avions assez d'argent, nous pourrions acheter des bateaux et des filets. Dans notre culture, nous avions l'habitude d'aller pêcher. Nous sommes reconnaissants pour l'aide humanitaire, mais ce n'est pas suffisant. »

Le besoin de moyens de subsistance et de solutions à plus long terme a trouvé écho auprès de nombreuses personnes déplacées parmi celles que Mme Mueller a rencontrées.

« Il est inacceptable que ces hommes, ces femmes et ces enfants, qui ont tout perdu, continuent à vivre dans la peur et l'incertitude. Ils ont besoin de solutions durables, ils ont besoin de soutien pour reconstruire une vie digne et indépendante, » a-t-elle déclaré.

La région du Lac fait partie des 12 régions du Tchad où l’urgence nutritionnelle a été déclarée, et a connu des taux de malnutrition aiguë sévère atteignant 3,4% en 2017 contre 2,1% en 2016. « Une personne sur trois, soit quelque 4,4 millions de personnes, ont besoin d'aide humanitaire au Tchad. Quatre millions de personnes ne peuvent pas subvenir à leurs besoins alimentaires de base et plus de 200 000 enfants de moins de cinq ans risquent de mourir de malnutrition aiguë sévère en 2018, » a déclaré Mme Mueller.

Des vulnérabilités structurelles liées au faible développement du pays et à l'insécurité dans les pays voisins sont sous-jacentes à la crise humanitaire au Tchad. La réponse humanitaire seule ne peut pas s'attaquer aux causes profondes de ces crises pérennes.

En 2017, le Plan de réponse humanitaire pour le Tchad a reçu moins de 45% de financement. « En raison d'un sous-financement chronique, nous ne pouvons nous attaquer qu'à la pointe de l'iceberg, » a souligné Mme Mueller, ajoutant qu'un soutien plus important des bailleurs de fonds est également nécessaire pour la région du Lac, pour laquelle la réponse aux besoins spécifiques pour cette région n’a été financée qu'à 33,4% en 2017. Pour 2018, le Plan de réponse proposé pour le Tchad par les Nations Unies et les ONG partenaires nécessite 544 millions de dollars pour répondre aux besoins les plus urgents de 1,9 million de personnes.